L'épopée de Preden [CK2]

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L'épopée de Preden [CK2]

Message  Apeiron le Lun 22 Juin - 9:20

Le débarquement en Bretagne (Hæsteinn, 867-870)

Musique d'ambiance : Fever Ray - If I had a heart (Vikings Soundtrack)



Bien qu'il en mourût, le succès de Ragnar entraina une véritable ruée vers l'eau dans le monde viking. Le monde franc était vaste, et le nom de Charlemagne résonnait encore par sa puissance, mais il était atteignable ! Délaissant les rudes rivages de notre Scanie natale nous mîmes le cap plein ouest, en contournant les rivages pour atteindre le Royaume de Bretagne.

Et quel royaume ! Je savais en débarquant qu'il n'était pas sous le règne d'un des fils de Charlemagne, ce qui en faisait une proie rêvée, mais j'ignorais que l'obstination de ces bretons les avait à ce point désunis. J'appris des ménestrels que j'invitais gracieusement à mon fort de Naoned que même si le duc Riwallon de Breizh se faisait appeler roi, les comtes de Léon et de Broërec ne reconnaissaient pas son autorité... très intéressant. Mais plus intéressant encore était que c'était pour eux un sujet de fierté.



Pendant que mes compagnons me pressaient de piller les alentours, je réalisais que même s'il était faisable de prendre ces terres, il serait plus difficile encore de les garder... J'apprenais quelques rudiments de leur langue auprès de mes prisonniers, et décidais d'adopter les usages locaux. Cette décision nous divisa, et il me fallût affronter mon ancien équipage. Mais j'étais inflexible : si nous voulions que cette traversée n'ait pas été vaine, si nous voulions rester, il faudrait que les Bretons nous acceptent.

Bien m'en pris, car je découvrais ainsi par les rumeurs que le comte de Broërec briguait le duché pour lui et avait comme allié le comte de Domnonia, pourtant lui-même vassal du duc Riwallon de Breizh. En revanche le comte Guihomarch de Léon se tenait à l'écart des luttes car il était sans appui. L'occasion était trop belle, et avec les aventuriers venus de toutes la Scandinavie suite à mon annonce de prendre le trône de Bretagne, nous prirent la mer pour débarquer en Léon.



Parmi ces nouveaux venus se trouvait Porfinn af Redon, avec qui je m'entrainais de plus en plus souvent. Je fis de lui mon maréchal, et notre amitié grandit de plus en plus sur les champs de bataille. Après avoir conquis le Léon nous traversâmes le pays vers Broërec. J'appris en chemin que les dieux m'avait donné un second fils, Bodan, qui pris certes un coup de froid dû au nouveau climat mais se révélait aussi vif que son père. Je pris cela comme un bon présage.

Je trouvais dans un temple des textes sur un certain Alexandre, que les moines me traduisirent en échange de leur vie. Il me tardait de mettre cela à profit ! J'envoyais Porfinn en éclaireur pour utiliser le terrain à mon avantage, et la conquête de Broërec fût assez rapide. De retour à Naoned je retrouvais ma douce Vigdis avant de rassembler les troupes : il était temps d'affronter le soit-disant "roi de Bretagne".



Je divisais mes troupes pour prendre l'armée de Riwallon sur deux flancs, avant de poursuivre ses renforts qui tentaient de reprendre Naoned. Je perdais de nombreux hommes en écrasant son armée, et je crus que c'était cela que le voyant avait voulu me dire "Avant de prendre il te faudra donner". Mais le pire était encore à venir...



J'appris plus tard que ce fourbe de Riwallon avait envoyé des émissaires à la cour de France, en arguant que le Bretagne ne pouvait tomber aux mains de païens. Ce que je sus rapidement en revanche était que le roi Charles envoyait presque quatre milles hommes reprendre Naoned, au moment même où je pensais la victoire acquise ! Savoir que les bretons prenait cette ingérence avec méfiance, et la demande d'aide du duc comme de la lâcheté, ne changeait pas le fait que si cette armée nous trouvait c'était la fin.

Je passais la nuit dehors, face à la mer, à prier les dieux, quand soudain les conseils d'Alexandre me revinrent et un piège se forma dans mon esprit. Les troupes françaises croyaient que je partirai sauver ma vie ou que j'irai défendre Naoned afin de mieux me faire étriper... Je rassemblais donc l'intégralité du trésor de guerre pour recruter tous les mercenaires du pays afin qu'ils aillent défendre Naoned, pendant que mes troupes se tiendraient prête dans la vallée voisine pour attaquer les assiégeants.



Nous totalisions sept mille hommes, et avec l'effet de surprise la bataille tourna vite court pour les Francs. Quelle humiliation pour les fiers fils de Charlemagne ! Dommage que je n'eus sous la main que le bourgmestre de Paris, qui par la suite délia sa bourse pour payer son retour sain et sauf à la capitale, le lâche ! Si même la France pouvait être battue alors tout semblait alors possible...

Nous poursuivîmes les survivants jusqu'en Anjou et en Maine, et après la bataille j'appris la naissance d'un troisième fils. Parfaitement comblé, j'envoyais les mercenaires assiéger le Mortain pendant que mes troupes restaient en renfort en Roazhon. Je savais que ce qui restait de notre trésor ne pourrait acheter longtemps leur loyauté, donc je décidais de les risquer pendant qu'ils m'obéissaient encore. Après un long siège qui éprouva les deux côtés, le duc abdiqua. Avoir unifié la Bretagne et vaincu sur le champ de bataille les armées du roi Charles de France me fit gagner le respect des Bretons.



C'est en déplaçant ma cour à Domnonia, qui occupait une position plus centrale sur la péninsule, que je fis la connaissance de la voyante Gydja. Pour convertir les habitants de Domnonia, elle avait utilisé mes succès militaires comme preuve de la force de nos dieux, mais surtout avait trouvé un parallèle entre nos dieux germaniques et les dieux celtiques vénérés par les habitants avant l'évangélisation de la Bretagne. Je l'envoyais donc en Mortain, dans l'espoir qu'elle réussirait à gagner les habitants encore ulcérés par le siège.



La conquête de la Bretagne n'avait pris que trois ans, mais encore fallait-il la garder.


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Re: L'épopée de Preden [CK2]

Message  Apeiron le Jeu 25 Juin - 12:32

Le règne de Hæsteinn le Victorieux (Hæsteinn, 870-876)

Musique d'ambiance : Tri Yann - An distro euz a vro zaoz

Après l'unification de la Bretagne et la déroute des troupes franques, le surnom "Le Victorieux" était sur toutes les lèvres. Sauf bien sûr celles de ma douce Vigdis que je me réservais. Le nombre de mes fils ne cessait de s'accroître, y compris parmi mes concubines. L'apanage du vainqueur, sans doute. Toutefois je ne craignais nullement la jalousie de Vigdis, qui organisait avec dévotion un réseau d'espionnage allant jusqu'à Constantinople. Un vrai stratège doit vaincre avant la bataille.



Pendant que je réglais les affaires à Domnonia, j'envoyais mon ami et maréchal Porfinn piller les côtes galloises et irlandaises. Nous aurions probablement pu y faire quelques conquêtes, mais n'aurions pu les garder. Je comptais attendre que mes fils grandissent pour que chacun ait un pays à lui, pour ses propres enfants, et en attendant j'entendais bien amasser l'or mais aussi le respect de ces peuples fiers affiliés aux Bretons. Porfinn me conta bien plus tard à son retour une histoire incroyable.



Pendant que le reste des troupes faisait le siège de Tintagel, Porfinn était parti en reconnaissance avec quelques braves dont je ne doutais pas de la parole. Soudain, ils furent survolés par un immense dragon rouge qui allait vers le nord. En allant plus avant dans le pays et au mépris de toute prudence, ils s'enfoncèrent dans la forêt où ils tombèrent sur une chapelle en ruine. Il n'y découvrirent ni or ni objet de culte, mais de vieux manuscrits écrits en latin. De dragon, il n'y avait plus de trace, mais ils y virent à raison un présage important.



De mon côté j'envoyais au trou tous les prêcheurs envoyés des quatre coins de l'Europe : Aquitaine, Navarre, Germanie... Les rançons remplirent les caisses. Je n'augmentais pas les impôts, mais à la place cherchais à uniformiser les différents droits appliqués par les seigneurs locaux pour simplifier et centraliser l'administration sous mon contrôle direct. Je donnais ma bénédiction aux foires, même si j'économisais chaque sou pour l'avenir. Ce travail de gestionnaire me rendit beaucoup plus froid et cynique.



Pour l'instant le peuple était avec moi, mais je savais bien que mon autorité basée sur la victoire pourrait s'effondrer au moindre faux-pas. Même si nous avions défait un contingent français, la plus grande menace du royaume voisin. Je décidais d'utiliser à mon avantage une curieuse coutume : le roi de France couronne son fils héritier roi d'Aquitaine afin que l'heure venue ce dernier hérite des deux couronnes. L'intérêt est que le peuple d'Aquitaine suive le nouveau roi, mais peut-être y avait-il moyen de séparer les deux couronnes...



Des pots de vin permirent de convaincre le maître-espion du roi d'Aquitaine de trahir son seigneur. Même la reine finit par rejoindre le complot, tant son mari était détesté. Mon ami Porfinn revint de son expédition à temps pour apprendre que le roi d'Aquitaine, fils du roi de France, était mort dans l'explosion d'un tas de fumier. Nous avons ri ! Malheureusement le nouveau roi d'Aquitaine, petit-fils de l'actuel roi de France, était aussi héritier de la couronne. Si seulement le roi de France avait un nouveau fils... mais la reine n'était malheureusement plus fertile. Elle trouva la mort dans un tragique accident de carriole, les routes ne sont guère sûres de nos jours. Je m'inquiétais toutefois car le roi de France s'était remarié avec la princesse d'Italie.



Porfinn me conta son histoire, qui me rappela certains récits que j'avais entendu de mes ménestrels, datant d'environ quatre siècles. Un certain Uther Pendragon devint roi après avoir vu le combat d'un dragon rouge et d'un dragon blanc, et donna naissance de façon illégitime à Arthur qui unifia le monde celte. Pris d'intérêt, j'étudiais le manuscrit plus avant, qui détaillait la bataille de Camlann où Arthur était mort... ou pas... mhh... Je laissais à ma nouvelle idée du temps pour murir pendant que je faisais venir mon intendant afin de décider de l'usage du trésor que me rapportait Porfinn du nord. Il me recommanda les services d'un architecte particulièrement talentueux, que je décidais d'utiliser pour construire un nouveau chateau à Broërec, dédié au dragon.



Cela faisait déjà six ans que je régnais sur la Bretagne, et avant de me coucher j'allais raconter une histoire de rois et de dragons à mes enfants.


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Re: L'épopée de Preden [CK2]

Message  Apeiron le Jeu 2 Juil - 17:28

Le retour des Pendragons (Hæsteinn, 876-886)

Musique d'ambiance : Guerre guerre, Vente vent / La fleur d'Ugénie - Tri Yann

Dès le lendemain je laissais courir la rumeur selon laquelle la légendaire terre d'Avalon, où le roi Arthur avait été mené suite à sa blessure, était bien de l'autre côté de la mer : en Scanie, d'où nous étions venus. Je montrais comme "preuve" les documents trouvés à Tintagel à quelques hommes bavards mais peu lettrés, pendant que je donnais consigne à Porfinn de faire tourner son histoire à toutes les auberges de la capitale.

Certains des hommes de Porfinn m'apprirent peu après que le comté du Gwent se soulevait contre le "roi" de Galles. Toutes les expéditions étaient rentrées, la Bretagne était enfin prospère, et mes fils grandissaient à vue d'oeil. J'estimais que le moment était venu. J'envoyais des messagers à travers la Bretagne mais aussi outre Manche, pour annoncer mon intention d'attaquer la Cornouailles et le pays de Galles.



Le duc de Cornouailles, déjà ulcéré des pillages qu'il avait subis, fit rapidement débarquer ses hommes en Bretagne. Je n'en avais espéré tant, et j'attirais ses forces dans une embuscade en tirant profit de ma connaissance du pays. Ce combat sans perte en sol breton raviva ma renommée : je n'étais pas seulement le Victorieux, mais protecteur. Avant de quitter le port de Sant-Maloù j'annonçais que j'allais unir non seulement les Bretons, mais tous les Celtes, sous une même bannière. La tempête de vivats réussit à couvrir quelques temps les coups de Thor (appelé Taranis par mon nouveau peuple) sur son enclume.

Une fois en mer mon moral s'assombrit quand j'appris par un homme de confiance qu'un de mes fils, Arthueu, était en grand danger. J'ordonnais de le mettre en sécurité à Kasteldragon, pendant que je songeais avec amertume que sans mes fils toutes mes actions auraient été vaines, et que j'aurais tort de croire à ma propre légende. J'envoyais un message à ma tendre Vigdis, pour qu'elle veille sur la cour en mon absence. Rapidement j'appris un complot d'une de mes concubines, mais point contre mon fils. Mais j'étais sûr que ma reine trouverait.



La guerre dura quatre longues années. Pendant que je me tournais vers les côtes irlandaises j'appris avec déplaisir que le Devon, la partie est de la Cornouailles que j'espérais conquérir ensuite, était envahie par les Hvitserk de Jorvik. Les fils de Ragnar Lothbrock m'avaient certes inspiré, mais n'avaient pas disparu pour autant. Mais pour l'instant je n'y pouvais rien, et j'acceptais leur promesse de soutien mutuel pour gagner leur confiance. On ne peut lutter contre tout le monde à la fois. C'est d'ailleurs à ce moment là que la France attaqua.



J'avais fini par désespérer de mener mes intrigues à bien, vu que Charles le Chauve avait dédaigné son propre fils pour nommer comme successeur son petit-fils, déjà roi d'Aquitaine. Toutefois à sa mort même si le domaine royal (y compris Paris) alla bien au Royaume d'Aquitaine, les Capétiens profitèrent de la succession difficile pour accaparer le titre en installant la nouvelle capitale à Chartres. Cette confusion était au delà de mes espérances, et je fis un sacrifice à Loki. Toutefois, je dus rentrer en Bretagne en laissant inachevés les conflits irlandais, car le nouveau souverain français avait décidé d'entériner son règne par une guerre contre les païens.

Les Hvitserk de Jorvik m'annoncèrent leur arrivée imminente, pendant que le reste de mes braves se dirigeaient vers la Bretagne, où déjà le conflit faisait rage. Nous débarquâmes sur la plage de Paimpol alors que la bataille avait déjà commencé. Les troupes françaises étaient légèrement supérieures en nombre, mais la surprise joua en notre faveur et nous les mîmes en déroute. Nous les avons poursuivis jusqu'à Orléans, pour instiller une peur définitive dans leur cœur. Nous étions victorieux, mais avions perdu beaucoup d'hommes.



J'annonçais mon couronnement peu après pour donner un sens à ces sacrifices. Il eut lieu comme prévu à Kasteldragon, et devant les dieux et les hommes je pris le nom de Hæsteinn Pendragon, descendant d'Uther et d'Arthur, et souverain légitime de tous les peuples celtes. Tous les cadeaux furent revendus pour financer une nouvelle expédition. Les Hvitserk de Jorvik n'avaient pas envoyé un seul homme nous aider, et je comptais m'emparer du Devon en compensation.



C'est durant le siège que j'appris qui voulait attenter à la vie de mon fils Arthueu. La traitresse ! Pas étonnant qu'il avait fallu si longtemps pour apprendre son identité, puisque c'était elle que j'avais chargé de l'enquête ! J'appris avec surprise que malgré le fait qu'elle était reine Vigdis était dévorée de jalousie par rapport à mes concubines, et voulait que le royaume ne revienne qu'à ses fils à elle, au lieu d'être morcelé parmi tous mes enfants comme cela était mon intention. C'est en hurlant "Bâtards ! Maudits !" qu'elle fut mise sous les verrous, en attendant mon retour triomphant.

Il me restait la partie sud de l'Irlande à conquérir, afin d'unir la "mer Celte". Alors que le conflit touchait à sa fin, au siège de Killaloe je fus grièvement blessé. J'avais amené mes fils en âge de participer à l'assaut : Ragnarr, Bodan et Cadou, tous trois des guerriers prometteurs. Je les fis mander pour leur demander de mener l'assaut sans moi, avec Bodan à leur tête. Après qu'ils eurent accepté je les bénis, et je m'endormis en me laissant bercer par les fracas de la bataille... Je rêvais qu'un dragon ramenait mon âme en Scanie... presque vingt ans après... un rire... le bruit des vagues...


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Re: L'épopée de Preden [CK2]

Message  Apeiron le Lun 20 Juil - 4:49

Le royaume des neuf frères (Bodan, 886-900)

Il était clair que mon père, le "grand et fabuleux" Hæsteinn Pendragon le Victorieux, avait senti sa dernière heure arriver et m'avait placé en tête de l'assaut pour légitimer la décision qu'il avait prise en partant de Domnonia : contrairement à la coutume viking les terres ne serait pas partagées. En observant, activement à en croire la rumeur, le démantèlement de l'empire de Charlemagne il avait dû vouloir quelque chose de plus pérenne pour sa descendance. Mon frère ainé, Ragnarr, était plutôt satisfait de nature, contrairement à mon frère cadet Cadou... Après nettoyage du corps et une cérémonie, je laissais officiellement le Munster à Ragnarr et le Deheubarth à Cadou, comme le souhaitait mon père. Je savais ne pas pouvoir gérer tout le royaume à moi seul, et cela les éloignait de la capitale. Mes autres frères étaient encore des enfants, et je me promis de veiller sur leur éducation dans leur intérêt... et le mien.



Mon père était certes grand, mais il était surtout fabuleux, au sens littéral. Un vrai mécène, constamment entouré de troubadours chantant son mythe ou encensant son épouse. Et bien notre mère était en prison pour avoir voulu assassiner un de mes frères, et succéder au demi-dieu vivant qu'était mon père n'était pas une mince affaire. A peine le siège terminé, je savais que je devais monter une expédition pour montrer ma valeur. L’Irlande étant déjà exsangue, je me tournais vers l'Angleterre. J'y trouvais plus précieux que l'or ! Wulfrum était originaire de Chester, et je la séduis par mes poèmes. Elle mêlait un esprit génial et une spiritualité profonde, qui la firent rapidement devenir ma voyante attitrée, avant de devenir ma femme au retour de mon expédition.



J'étais certes souverain de fait, mais j'avais attendu presque deux ans après la mort de mon père pour me faire couronner à Kasteldragon, afin d'asseoir mon autorité. J'invitais tous mes frères, même les plus jeunes, et je tins un grand blot pour offrir le sang de tous nos prisonniers à Odin, Thor et Freyja. Mais contre la volonté de certains de mes frères, je décidais d'épargner notre mère. Non par pitié, mais pour affirmer que la dynastie royale ne saurait être traitée au même rang que les sacrifiés. Je décidais donc de la bannir, et elle mourut peu après dans l'anonymat.



Mon père prévoyait d'unir l’Irlande divisée avant de s'attaquer à l'Angleterre, mais Wulfrum qui la connaissait bien me fit part des multiples conflits, notamment entre la Mercia et le Wessex, qui offraient une occasion décisive. Espérant gagner quelques nordiques à ma cause comme l'avait fait mon père, j'annonçais l'invasion du royaume de Wessex. Je décidais aussi d'attaquer un comte frontalier de la Mercia, afin d'empêcher la victoire de celle-ci sur le Wessex, et donc mes gains futurs. Les Vikings vinrent... mais pour piller la Bretagne. Je récompensais les défenseurs improvisés, et organisais les meilleurs dans un corps d'armée d'élite : les dragons. Les équiper et les former prendrait du temps, mais je comptais sur eux pour faire pencher la balance dans les conflits.



Les batailles furent terribles, mais heureusement victorieuses, malgré l'intervention du Jorvik qui souhaitait se tailler sa propre part du Wessex, et les seigneurs d'Irlande du Nord qui essayèrent de reprendre de nombreux forts du Sud. Je prenais part directement aux batailles, mais mon intérêt allait surtout à la gestion du nouveau territoire. Je distribuais les terres conquises à mes autres frères qui avaient bien grandi : chacun était maître en son duché mais respectait la volonté de la Couronne. Le bourgmestre de Newport me défia en pensant ne trouver en moi qu'un gratte-papier, mais il gardera sa cicatrice toute sa vie, ha !



Je finis par avoir des difficultés à taxer davantage les bourgeois et seigneurs de Bretagne pour financer les nouvelles infrastructures portuaires que je souhaitais pour unifier le royaume. Mais mon esprit étais accaparé par ma femme : je comptais les jours où nous retrouvions et ceux où je partais en guerre, en n'étant pas certain que mes enfants étaient bien de moi... Contrairement à mon père j'étais résolument fidèle, mais elle était bien trop bien pour moi... Parfois je la faisais pleurer en agissant de façon aussi paranoïaque, mais même si je ne trouvais pas de preuve je cherchais davantage, pour être sûr... Elle serait mienne ! Toujours !



Les nouvelles venant du reste du continent était plutôt bonnes : l'empire de Charlemagne sombrait dans la division, ce qui permettait de se concentrer sur les iles britanniques. Devant les difficultés de trésorerie je décidais d'attaquer les anglais et les irlandais indépendants pour les faire payer tribut. Mes frères n'étaient pas en reste. Budoc mena une coalition contre la Mercie, tandis que mon frère Gurguistl attaquait une partie neutre de l’Écosse. Chacun rivalisait dans ses expéditions pour gagner or et réputation, pendant que je gérais le royaume. Pour ma part, je m'inquiétais du Jorvik, qui était désormais plus important que la Mercia et ne cessait de grandir, contrairement aux Vikings qui avaient fini par perdre en Écosse.



Je me distinguais finalement au combat au Pays de Galles, avant de mobiliser tous les seigneurs tributaires afin d'attaquer le Jorvik. Le but n'était pas de prendre des terres, mais de forcer les Hvitserk à renoncer à leur suzeraineté sur les autres seigneurs de l'ile, afin de diviser la menace qu'ils representaient. A propos de menace, j'appris par mon maître-espion que la vie de ma petite Anna, aussi brillante que sa mère, était menacée : je la mis donc à l'abri, en craignant que comme pour ma mère ce soit un membre de ma famille qui veuille me l'arracher. J'éprouvais par la suite des sentiments confus en apprenant qu'elle y torturait des prisonniers, sans colère mais avec une patience apparemment infinie.

La prochaine génération me semblait bien étrange...


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Re: L'épopée de Preden [CK2]

Message  Apeiron le Mer 22 Juil - 15:28

L'empire de Preden (Bodan, 900-914)



Après avoir vaincu les Hvitserk, j'organisais le Royaume en quatre régions : Breizh (Bretagne), Iwerzhon (Irlande), Kembre (Pays de Galles) et Lloegyr (Angleterre). Même si l'Ecosse au nord avait résisté aux vikings, il était à présent clair pour les habitants des iles britanniques que la promesse de mon père d'unifier les peuples celtes allait s'accomplir. J'espérais seulement que ce fût de mon vivant. Je décidais malgré tout de profiter de la désorganisation de la France pour étendre le domaine royal à Évreux, ce qui fût plutôt rapide après la capture du roi Eudes à la bataille de Cholet. Parmi les investissements consentis, nos tentatives de fromages bretons furent un échec, probablement parce que le meilleur lait était réservé à la production de beurre. En revanche notre cidre s'exportait dans tout le Royaume, et au-delà.



Mes frères s'avéraient particulièrement entreprenant, notamment Arthueu qui attaquait le comté indépendant d'Aeron, ou Gurguistl qui avait été jusqu'à piller Gênes. Au final j'avais surtout à tenir le royaume à flot, pendant que les terres et le richesses rentraient peu à peu dans le Royaume. Toutefois, j'étais déçu de Cadou, qui non seulement contrait mes efforts de centralisation en revendiquant la Kembre pour lui seul, mais avait épousé sa propre nièce ! Toutefois il fallait rester unis... L'année d'après, malgré la relative liberté de culte assurée par mon père, une révolte catholique éclata en Iwerzhon. L'ironie voulut qu'elle affronta d'abord des troupes du Jorvik, qui défendaient des territoires sur lesquels nous avions des vues. Mais je ne pouvais plus rester impassible quand j'appris que mon frère Gurmael avait tenté un assassinat contre la famille ! Il finit en prison... Heureusement mon fils Budhoiarn, à qui j'avais confié le duché d'Essex, s'illustra rapidement au combat, ce qui me donna une source de fierté.



Il était particulièrement brillant ! Je crains que seule sa soeur Anna ne le comprenait assez bien. Ils me rappelaient beaucoup leur mère. Dommage que ma tendre Wulfrum ne m'eut donné que deux enfants à la mesure de son esprit pénétrant... Anna avait bien grandi, et je décidais de lui accorder le duché de Meath. Après tout, si les filles pouvaient piller avec les fils, pourquoi n'en irait-il pas de même pour les titres ? Certaines de mes nièces s'avérèrent également aptes à gouverner, et Anna fût un exemple pour elles, avant de mourir de la tuberculose à l'âge de 22 ans, juste après mes frères Budoc et Gurguistl. Ma femme en perdit l'esprit. Contre toutes mes attentes, Cadou s'avéra d'un grand réconfort durant mon deuil, ce qui nous rapprocha.



Avec le recul je crois que c'est le chagrin qui me fit hanter les champs de bataille, probablement à la recherche d'une mort rapide. Mes propres soldats avaient fini par me craindre, sur les front d'East Anglia, Mercia et Lancaste. Je menais les dragons, maintenant assez nombreux et rapides pour mener des attaques éclairs fulgurantes. Les ennemis tombèrent, et mes frères cessèrent de comploter pour se ranger derrière moi. J'avais le sentiment qu'il était possible de construire quelque chose qui durerait, malgré ma mort ou celle de mes êtres chers. En un geste de défi, car seul Charlemagne l'avait fait depuis la chute de Rome, je me fis couronner Empereur de Preden (le nom breton de Britannia), sous le regard des dieux et des hommes. J'avais non seulement continué mais dépassé l'héritage de Père !



Pour asseoir mon pouvoir j'attaquais Guy, le nouveau roi de France, afin de m'emparer du Maine : J'avais décidé que le royaume de Breizh irait de la Loire à la Seine. Malheureusement je contractais la variole, et failli y laisser la vie. Comme Odin, j'eus l'impression de revenir à la vie plus sage. A Chartres je capturais la princesse Sadalberga d'Aragon, qui me rappela mon épouse plus jeune. Je me sentis capable de tout faire ! Après avoir capturé le roi, tel père tel fils, je me tournais à la fois vers le nord d'Iwerzhon, l'est de Lloegyr et la partie sud de l’Écosse. Je rassemblais près de douze milles hommes dans mes conquêtes. Mais je déchantais quand mon frère Arthueu demanda un vote dans la famille pour déterminer l'héritier, en faisant appliquer les lois édictées par mon père.



La question divisa l'empire alors même que la guerre continuait. Mon fils Budhoiarn, que j'avais formé à l'administration et aux finances, fût accusé de détournement d'argent. Une enquête minutieuse lava les soupçons, mais Arthueu en profita pour arguer qu'une succession héréditaire inciterait à la paresse et à la corruption, alors que si le pouvoir passait successivement dans les différentes branches de la famille tous seraient responsables de l'avenir de l'empire. Il obtint gain de cause, car tous espéraient voir ses enfants un jour sur le trône, et il fût donc désigné nouveau tanistre. Voyant que mes frères ne partageaient pas ma vision, je perdis foi en eux... Mais si Arthueu venait à disparaître, ce serait Budhoiarn qui me succéderait. Oui, cela paraissait logique...



La guerre ne se poursuivait plus qu'en Écosse quand je tombais à nouveau malade. Mon neveu Brangalart essaya d'en profiter pour réduire l'autorité de la couronne à Lloegyr, mais quelques menaces le firent rentrer dans le rang. C'est là que ma femme Wulfrum mourût de la grande variole. Sur son lit de mort je relus les poèmes que j'avais écrits pour elle, au matin de nos vies. Je réalisais alors quel être vide et froid j'étais devenu. Cette couronne que mon père et moi avions forgée dans le sang nous avait transformés en monstres ! J'étais devenu infidèle comme mon père, fratricide comme Gurmael, assoiffé de pouvoir comme Arthueu... J'aurais tellement voulu revenir en arrière, effacer d'un geste de la main les erreurs de ces dernières années... A la fenêtre l'air du soir était frais et profond... Oh Wulfrum, puissions-nous être heureux de l'autre côté...


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Re: L'épopée de Preden [CK2]

Message  Apeiron le Mer 29 Juil - 5:22

Les Grands Anciens (Budhoiarn, 914-921)



Dans l'urgence, suite à la mort presque consécutive de mon père Bodan et de mon oncle Arthueu, je fus nommé par défaut Empereur de Preden. Je comprenais fort bien cette décision prise par les pairs du royaume, car même un esprit comme le mien peinait à comprendre l'arbre foisonnant de notre propre famille. Il me faut cependant préciser à ma décharge que j'ai toujours été meilleur avec les nombres qu'avec les noms. Mon père m'avait envoyé apprendre la comptabilité et le droit à Westminster, ce dont je m'acquittais avec efficacité mais sur lequel je ne comptais pas m’appesantir après son peu regrettable décès. Des sujets plus importants occupaient mon esprit. Qu'est-ce qui contrôle les phénomènes du monde ? Quelle est la réalité cachée derrière les contes que se racontent les gens pour se rassurer ? Je parle bien sûr de ce qui, bien qu'invisible, oriente et modèle nos destins : la main des dieux, pardi !



Mon premier geste en temps que souverain fût donc de construire un observatoire à la capitale, inspiré de modèles plus anciens comme celui de Stonehenge. Les petites gens, sans surprise, n'en virent guère l'intérêt. Ma sœur Anna aurait compris, elle, si la maladie ne l'avait pas emportée. Peut-être pourrais-je lui parler à nouveau, puisqu'elle évoluait à n'en point douter dans le même monde que les dieux à présent ? Mais il me fallait rester concentré. Pendant que les dragons achevaient la conquête de l'Irlande et que ma famille attaquait le comté d'Eu en Normandie, je réfléchis à débloquer rapidement des sources de financement pour mes futures recherches. Je commençais par libérer Gurmael contre rançon. Après tout, je soupçonnais mon père d'avoir facilité mon accession au trône par l'assassinat, donc c'était pure hypocrisie de tenir rigueur à mon oncle d'un crime similaire.



Au final je trouvais excellente l'idée d'user, littéralement, des vices de ma propre famille. Mon mariage avait été planifié sans amour, et je trouvais l'excuse de refuser de l'argent à mon épouse (qui souhaitait introduire une nouvelle mode à la cour) pour qu'elle se détourne de moi. En peu de temps je pus apprendre qu'elle avait trouvé réconfort d'abord dans les bras de mon cousin Geralt, puis de mon cousin Brangualart, qui d'ailleurs conspiraient tous deux contre moi. Je dénonçais publiquement mon épouse, surnommée depuis l'Infidèle, et enfermait quelques jours mes cousins pour les faire réfléchir, avant de leur proposer de s'amender par une rançon afin de garder "la famille unie". Pendant ce temps, une enquête attentive des comptes de mon père révéla que mon frère et intendant Gereint (que certains souhaitaient sur le trône, d'ailleurs) avait volé de l'argent, qu'il dût restituer avec intérêt. Les caisses se remplissaient et les factions reculaient, au point que certains commencèrent à me surnommer le Juste.



Je ne sais si Brangualart avait compris la combine ou souhaitait simplement laver son honneur dans le sang, mais il me lança le défi de holmgang : un combat singulier sur un petit ilot. Je parvins à anticiper suffisamment ses mouvements pour briser son bouclier puis le vaincre, mais l'animal me laissa une cicatrice qui heureusement fit la fierté de la cour. Je profitais de cet éphémère triomphe pour lancer la conquête des chefs indépendants du centre de Lloegyr, anciennement sous l'autorité des Hvitserk. Pour ma part je continuais mes études : une étoile avait disparu par temps clair alors que j'étais en train de l'observer. Je pressentais des mystères sans avoir assez de sources, ou de sages auprès qui discuter. La rumeur disait qu'un vieil érudit pourrait m'aider, dans la lointaine Arabie. Je partis sans me retourner.



Ibrahim m'enseigna beaucoup et me permit d'acquérir une copie d'un livre très ancien écrit par un certain Abdul le fou. De retour à Domnomia, je repris mes recherches avec frénésie, en essayant de ne pas me laisser distraire par les insectes étrangement grands qui emportaient des pièces d'équipement, ou les silhouettes transparentes qui m'observaient. Je savais que je touchais du doigt des réalités invisibles plus élevées, et cela risquait d'attirer l'attention sur moi... mais j'étais prêt à prendre le risque. Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn. J'étais profondément troublé par ce que j'apprenais, que notre monde n'était qu'une boule de boue dérivant dans des abysses insondables où résonnaient les murmures d'entités plus vieilles et plus puissantes encore que nos dieux. Mais contrairement à eux, elles ne se souciaient de l'humanité pas davantage qu'un soldat écrasant une fourmi sur son passage. Nos luttes me paraissaient dérisoires... A la cour, on m'appelait désormais Budhoiarn l’Étrange.



J'étais désormais un mystique, détenteur des secrets des anciens, mais j'ignorais encore que faire de ce savoir. J'eus une intéressante conversation à ce sujet avec mon voyant, bien que par la suite mes gens me soutinrent qu'il était mort la veuille, les incapables... Mes rêves se faisaient de plus en plus pressants : une pierre gravée face à la mer, une tombe. Pendant ce temps, les signes s'amoncelaient : la duchesse Condeleu bafouait les rites anciens, les catholiques se soulevaient en Westmorland, les lollards en Écosse. Mon ami le godi Iarndetguild, avec qui j'entrainais une longue mais fructueuse correspondance, partageait mon analyse : un vent de changement se levait chez les dieux. Alors que j'espérais deviner quel rôle je devais y jouer, ma famille acheva l'invasion de l'Ecosse : la réunification des iles celtes était presque terminée, et il lui fallait à présent un nouveau but...



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Re: L'épopée de Preden [CK2]

Message  Apeiron le Jeu 6 Aoû - 16:24

Les nouveaux dieux (Budhoiarn, 921-930)

Pendant que je faisais mes préparatifs, le duc de Munster attaquait la dernière présence étrangère en Écosse (que les celtes du nord appellent plutôt Alba, et par extension Albion l'ensemble des iles britanniques). J'organisais le plus grand blot de l'histoire de l'histoire de Preden, dépassant en faste et en sacrifiés celui de mon propre père Bodan le Sage. Le sang des adorateurs des faux dieux pleuvait littéralement sur les convives, à mi-chemin entre la joie extatique et la crainte religieuse, au point que certains jurèrent sur les dieux avoir aperçu les visions qui fulgurèrent dans mon esprit...



Je ne voyais pas seulement la tombe, mais j'y étais ! Autour de moi, l'herbe, les oiseaux, la mer... un vent terrible venant du nord... et face à moi, la pierre gravée de runes : Vigdis... c'était la tombe de ma grand-mère, morte en exil près de notre région natale. Le site était si calme, alors que j'entendais le fracas du fer et le cri des morts. Un corbeau se posa sur la stèle, et me regarda sans ciller, d'un air goguenard. Dans une brume à l'horizon je vis d'autres lieux et d'autres temps... une falaise au bord d'une mer gelée, un monastère chrétien... une cité sur une ile entourée de murs... un jeune homme satisfait sur un trône d'ossements humains... Pendant que j'étais perdu dans ces visions Odin, sous sa forme de corbeau, s'était posé sur mon épaule. Alors que je tournais la tête, dans une douleur fulgurante il m'arracha un œil. Dans un brouillard de douleur, je le vis soudain à mes côtés sous sa forme humaine, avec un étrange mais beau sourire, aussi borgne et meurtri que moi. Il m'invita du geste à observer attentivement son orbite vide, vide et noire, et froide, comme dans mes visions d'horreurs cosmiques dans un espace infini. La Bête s'agitait au loin, noire sur fond noir, seule l'absence des étoiles donnant une idée de sa forme. J'étais terrorisé, mais Odin s'avança en un geste protecteur avant que je ne m'effondre sur le sol... Parmi les convives, le silence s'était fait.



Les dieux avaient parlé ! Nous lancerions une immense expédition vers l'est, vers la terre de nos ancêtres nordiques. Pendant que je parlais avec le ton extatique du possédé, je dessinais avec le sang des sacrifiés les contours des côtes où nous devions débarquer, avec les courants et les vents. Pour beaucoup c'était des lieux lointains, n'appartenant qu'aux sagas. Peu me crurent au début, mais beaucoup avaient subi des raids ces dernières années ou espéraient une nouvelle aventure à la mesure de celles de mon grand-père, aussi tous jurèrent en ce moment sacré de me suivre à la conquête des lieux saints. Entouré de mes hommes, bénis par Odin en personne, je me sentais enfin protégé des périls de derrière le Voile. A la réflexion, je crois que ce fût le seul moment de ma vie où je me sentis heureux, et où l'Empire sembla marcher d'un seul pas à mes côtés. Le roi de Noregr ne pût rien face à cette déferlante, et je laissais mon pieux ami Iarndetguild s'occuper de rassembler les récits et (rares) écrits de Lejre et Maere pendant que je continuais de suivre ma vision.



Le temple de Tholen était tenu par des chrétiens. Le roi Lothaire de Bourgogne était occupé à envahir la Lotharingie, et fit appel aux rois d'Italie et de France, pendant que je faisais appel aux rois de Poméranie et de Garðaríki. Je réussis à utiliser les dragons comme appât pour piéger d'abord les armées bourguignonnes puis byzantines en les prenant à revers de deux côtés à la fois. Toutefois, malgré mon coup de génie, les pertes furent lourdes et je compris alors la finalité de cette guerre : verser le sang pour renforcer les vrais dieux face à la Bête, qui dormait sans rêve dans sa cité maudite sous la mer. Nos armées étaient certes vaillantes, mais nous manquions d'unité et de force face aux adorateurs de la Croix et de la Lune. A l'issue de la guerre je confiais le travail d'Iarndetguild à nos sages : il fallait mettre par écrit nos traditions, et laisser les dieux décider d'une autorité suprême les représentant sur terre. En l’occurrence moi-même, puisque les dieux en avaient manifestement décidé ainsi...



En Preden et au Noregr peu s'opposèrent aux nouveaux rites, contrairement au grand duc de Suède et de Finlande. C'était un début, mais notre rôle était simple : unifier Midgard pour soutenir l'effort de nos dieux dans la bataille cosmique proche. Je décidais d'utiliser mon rôle de souverain pour interdire toute violence entre vrais croyants, afin de garder nos forces face à nos ennemis. Curieusement, mes sujets s'indignèrent de la loi. J'en déduisis donc qu'ils avaient des choses à cacher, et j'inspectais de plus prêt la liste des actes laissés impunis. J'avais presque une dizaine de motif d'emprisonnement de mes vassaux, que je fis valoir au nom de la justice divine. La moitié se révoltèrent, tout le sud de Lloegyr et une partie de Kembre et d'Iwerzhon. Ils s'opposaient au Plan Cosmique et allaient donc être châtiés sans pitié !



Pendant que mes maréchaux s'occupaient de ces détails insignifiants, j'eus une très mauvaise surprise. Alors que j'étais assis sur le sol de ma chambre, je vis passer un écureuil de la taille d'un homme puis disparaître par la fenêtre. La botte de mon grand-père, que je portais sur la tête en signe de protection, m'avait évité le pire mais clairement Ils m'avaient retrouvés ! A part l'insubordination de quelques cousins à la mode de Bretagne, l'Empire se portait comme un charme. Ma voyante m'apprit une vague sans précédent de conversion aux nouveaux rites dans les comtés de Lincoln, Dyfed, Leinster, Pengwern, Oxford... L'enthousiasme populaire n'allait pas sans perte, je réussis à sauver une "sorcière" de la populace, mais les cas étaient de plus en plus fréquents. Je profitais de la révolte de mon oncle Gurmael pour saisir ses terres en Alba et lancer moultes réformes en Albion. Mais mon inquiétude grandissait à vue d’œil et je ne me sentais plus nul part en sécurité...



Les animaux agissaient étrangement, des signes d'intelligence, des citadins dévorés par leurs chats... mon intendant ne me croyait pas, mais c'étaient là les premiers signes. Je ne pouvais rester assis à ne rien faire, aussi je suivis les pistes secrètes que seul un initié comme moi pouvait déceler. Le Necronomicon sous le bras, je quittais le château en catimini en direction de la mer. Quelques jours de recherche me permirent de trouver un village de pêcheurs un peu à l'écart, qui de jour semblaient vénérer les dieux de nos pères, mais se rassemblaient la nuit pour invoquer les Grands Anciens. Le rituel avait déjà commencé, et j'avais pris la décision d'occire prestement le maître de cérémonie quand celui-ci se tourna vers moi malgré ma cachette, et me fis un sourire horrible. J'étais paralysé, je n'entendais plus que les chants impies résonner dans l'air salin, et soudain je le vis. Émergeant des flots, emplissant tout l'espace, il se dirigeait vers moi, trainant sa carapace chitineuse sur le sable. Terrifié, je sentis le contact froid et collant de ses tentacules sur mon visage. Je tentais une prière à Odin avant de comprendre enfin, avec la lucidité du mort en sursis, ma propre vision : j'étais le sacrifice nécessaire au pacte entre les Puissances. Dans un sursaut désespéré je tentais de m'extraire de son étreinte, mais mon corps rapidement devint flasque, et dans mes derniers instants de vie, je compris que mon âme n'irait pas au Walhalla...



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Re: L'épopée de Preden [CK2]

Message  Apeiron le Jeu 20 Aoû - 12:42

Une succession incertaine (Tuduallon, 930-947)

La disparition de mon père Budhoiarn, surnommé "l’Étrange", laissa l'empire dans un chaos certain. Il avait annulé la répartition de l'Empire entre les royaumes de Breizh (Bretagne), Iwerzhon (Irlande), Kembre (Pays de Galles), Lloegyr (Angleterre) et Alba (Écosse) au nom de la souveraineté de l'empire. Mais il avait aussi refondé ce dernier en instituant de nouvelles règles, tout en laissant un titre avec le même nom soumis à la tradition. Pendant ce temps je m'étais concentré sur l'étude des nouveaux textes saints, qui s'avéraient étonnamment profonds dès lors qu'on était versé à la fois dans les mythes vikings et celtes, et qu'on avait compris son penchant pour l'horreur cosmique. A ce propos, son fameux livre décrivant les soit-disant "Grands Anciens" avait été volé peu avant sa mystérieuse disparition. J'avais accepté la régence en attendant que mon père soit retrouvé, mais les mois commençaient à passer.



Père avait déjà organisé mes fiançailles, et en son absence j'assurais moi-même l'éducation de ma future épouse, ce qui n'allait pas sans une certaine gêne. Bodan fils de Gereint me provoqua mais refusa de livrer le duel. Sentant que ma famille me mettait à l'épreuve, je décidais d'aller piller les côtes hollandaises, bien que cela ne fit guère impression face à Edouart le duc de York qui alla piller Rome elle-même. La Croix était décidément sur le déclin. J'organisais un blot en l'honneur des nouveaux dieux, pendant que les conversions continuaient à se répandre sur le territoire comme un feu de prairie. Deux nouvelles toutefois pincèrent mon cœur : ma concubine me trompait avec Gerald de Hwice, et surtout peu après ma mère mourût de la pneumonie à l'âge de 36 ans. Ce que les dieux donnaient d'une main ils le reprenaient de l'autre, mais tel était leur privilège.



Au terme d'une année de régence je me fis couronner à Kasteldragon, puis tentait de rétablir le dialogue avec les ducs de Preden pour lever le doute juridique sur les lois de la Couronne, en offrant titres honorifiques et or pour apaiser la situation. Le duc Haelhoiarn de Lancastre m'apporta pourtant rapidement des preuves de la trahison du duc Maelcon de Munster, mais c'est le duc Rolland de Powys qui prit la tête des insurgés le 11 mai 932. Je parvins à mobiliser rapidement hommes et navires pour la bataille de Winchcombe en Lloegyr puis de St Brigit en Iwerzhon. Je perdais rapidement patience en apprenant un soulèvement catholique en Alba et décidais de faire un exemple. Je refusais la paix blanche proposée par les rebelles et massacrais leurs forces jusqu'aux derniers. La révolte avait duré deux longues années, pendant lesquelles le duc Catgutic d'Essex avait mené une guerre sainte en Flandres et était désormais surnommé d'Epée de Tyr.



J'appris que le Danemark se faisait agresser par des sots vénérant les anciens dieux, et décidait de les aider en consolidant cette alliance par un mariage entre ma sœur à leur roi. Après un second soulèvement catholique écrasé dans le sang, je menais ma première campagne hors de Preden, pendant que ma réputation grandissait : j'étais connu comme étant un modèle de vertu, qui incarnait en titre mais aussi en âme la parole des nouveaux dieux. Les conversions s'accéléraient encore, et mes hommes voyaient en moi un commandant motivant. Les dieux me bénirent par un fils, que j'appelais Elouan, peu après que j'eus envoyé des théologiens en Suède et Finlande débattre avec les peuples n'ayant encore pu lire les nouveaux textes. Probablement grisé par mes succès, j'étais convaincu que ma foi pourrait renverser n'importe quel obstacle...



L'idée au départ était que si tous les catholiques accouraient pour protéger les leur, autant leur déclarer la guerre à tous en même temps. Ainsi, je lançais tout l'empire dans une invasion simultanée du continent afin de m'emparer à la fois de terre en France mais aussi en Germanie. La bataille de Caen tourna à notre avantage, mais j'aurais dû voir un signe quand peu après notre mariage mon épouse attrapa la lèpre et mourût peu après. Je décidais de me marier avec une princesse danoise, en faisant courir le bruit que j'avais eu mon premier fils avec elle lors des négociations précédentes. En Francie orientale j'avais pris le risque d'attaquer en même temps le roi mais aussi des vassaux rebelles, ce qui me permit de conquérir le Brunswick. Les seigneurs chrétiens, affolés, se regroupèrent autour du pape Callistus et autorisèrent la fondation d'ordres religieux comme les chevaliers teutoniques ou de Saint Jean. J'autorisais d'ailleurs le dernier héritier vivant au trône d’Écosse à rejoindre l'ordre teutonique, ce qui apaisa les révoltes catholiques du nord.





Je levais un nouvel impôt pour financer cette glorieuse expédition, au grand dam des bourgeois. Mon intendant alla jusqu'à faire recruter des brutes pour faire peur aux paysans qui ne payaient pas leur impôts dans les temps. Le ravitaillement commençait à se faire difficile mais la victoire contre la France avait permis d'étendre le domaine royal sur toute la Normandie. Moi-même j'attrapais le typhus dans ces bourbiers infects. Je me rétablis en me reposant quelques mois à Domnomia où je m'attachais beaucoup à mon fils Elouan, mais je gardais des séquelles de ma maladie. J'affrontais même un peu plus tard des armées byzantines, ce qui me força à louer les services de mercenaires. L'empire était à bout de ressources quand je fis enfin la paix avec la Lotharingie, mais l'Aquitaine avait réussi à rassembler une large coalition qui reprenait du terrain en France, pendant les longues années de mobilisation commençaient à trop peser sur mes vassaux.



Je m'inclinais pour ne pas risquer la fin pure et simple de l'Empire. Je tentais de rétablir mon honneur en affrontant en duel mes rivaux, mais le mal était fait. J'envoyais les Dragons chercher des liquidités encore une fois en Hollande, mais la Couronne avait accumulé trop de dettes. J'organisais un nouveau blot pour raviver la flamme divine chez mes vassaux, mais ils ne rêvaient que de nouvelles terres. Igerna, que j'avais fait duchesse de Brunswick, lança une guerre sainte pour le duché de Thuringe, pendant que le duc Brangualart d'Essex lançait une invasion planifiée sur l'Aquitaine pour achever de me ridiculiser, alors que j'étais à nouveau malade. C'est le moment que choisit le pape Callistus pour lancer sa croisade afin de reprendre les territoires conquis en France...



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Re: L'épopée de Preden [CK2]

Message  Apeiron le Ven 21 Aoû - 11:55

La Grande Guerre (Tuduallon, 947-960)



C'est probablement cette Croisade qui sauva l'Empire. La menace s'avéra rapidement bien faible, puisque les principaux royaumes d'Europe étaient déjà en train de lutter contre ma famille, et donc ignorèrent l'appel aux armes du Pape Callistus. Mais surtout cet appel ligua autour de moi tous mes vassaux, prêts à défendre le territoire de l'Empire et notre foi commune : c'était la première fois depuis le Royaume de Breizh que nous étions réellement tous unis. Après avoir lutté sur le sol breton, j'embarquais mes troupes pour un long voyage : Rome ! La cité ne s'attendait manifestement pas à un tel assaut, et rapidement nous rompîmes ses défenses et prirent le palais pontifical, forçant le dernier pape fort de la Chrétienté à plier le genoux face à l'Empire de Preden et aux nouveaux dieux !



L'Empire de Charlemagne tombait enfin ! Le duc Maelcon de Munster remporta sa guerre au sud de l'Aquitaine, pendant que le duc Brangualart achevait de conquérir la façade Atlantique, que nous surnommions désormais la mer Celtique. Pour marquer la défaite de la Croix, je lançais moi-même une Croisade pour achever la conquête de la France, désormais certain que tel était mon destin, et que mes épreuves précédentes n'avaient servi qu'à me préparer pour cet instant où nous changions l'Histoire !



Ne voyant plus dans la précédente défaite une erreur personnelle, je continuais mon élan en déclarant des guerres saintes également pour la Hollande et le duché de Cologne. Je reçus tout de même une terrible blessure à la bataille de Saintonge, qui me rappela aux réalités de ce monde. Pendant ce temps, le duc Iudcum de Lothian s'attaquait au royaume de Bourgogne et le duc Roenuolou de Moray attaquait les possessions françaises du roi d'Aragon. Ma famille était une déferlante, et jamais l'Europe n'avait connu un tel bain de sang depuis les Romains païens eux-mêmes ! J'étais fier d'être celui qui avait ouvert cette brèche, et je n'avais enfin plus à rougir de mes exploits.





La duchesse Igerna de Brunswick, déjà surnommée l'Epée de Tonnant depuis sa victoire dans le duché de Thuringe, avait poursuivi sa conquête jusqu'au royaume Bavière. Plutôt que de la laisser usurper le titre je lui accordais en temps que vice-royauté. Désormais les titres royaux pourraient être décernés, notamment en récompense d'exploits militaires considérables, mais reviendraient à l'empereur à la mort du vice-roi, ce qui permettrait de garder un contrôle relatif sur l'administration des régions occupées. J'espérais faire adopter le même système pour les royaumes britanniques, dont l'existence légale restait encore un problème irrésolu. Par la suite la reine Igerna inspira maintes histoires, qui nourrirent les ambitions de nombreuses bretonnes.



Il ne restait plus que le roi d'Aquitaine à soumettre, mais cette fois la balance penchait de mon côté. Je tombais pourtant à nouveau malade durant le siège de Paris, ce qui m'affaiblit pour les duels que je menais ensuite, dont un qui fût déclaré nul. Ma réputation de duelliste restait cependant bien établi. Mais je sortais affaibli de ma convalescence, et je sentais que la fin était proche. J'accordais la vice-royauté de la France à mon fils Elouan, que je mariais à sa tante bâtarde Branislava, à qui j'avais accordé le duché de Champagne. Elle était brillante, et était la fille de Brangualart. De plus, les deux s'entendaient bien durant leur enfance à Domnomia, même si j'avais entendu des rumeurs me rappelant ma tante Anna avant sa mort. Je tombais à nouveau malade, mais pu organiser un blot comme adieu à mes proches, avant de rejoindre Thor, Odin et Frey en Asgard...

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