L'année de la crêpe ! [parodie économique]

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L'année de la crêpe ! [parodie économique]

Message  Apeiron le Mer 2 Oct - 14:16

En janvier, en mangeant une galette chez sa maman, Adam réalise l'importance de l'industrie crêpière pour la société. Pour ne pas fâcher sa vieille maman, et toutes les mamans du monde occupées à faire galettes et crêpes, il explique que la prospérité vient de l'intérêt de chacun. Ainsi, si un riche achète un local et des matières premières, il peut payer un pauvre à faire des galettes et des crêpes pour les revendre à des clients et ainsi faire des bénéfices, ce qui lui permettra de s'étendre. Ainsi, les riches seront moins riches mais gagneront plus, les pauvres seront moins pauvres et pourront de toute façon manger les restes, et le "restaurant" produira assez de crêpes pour tout le monde ce qui rendra les clients heureux. En effet, grâce à cette division du travail, chacun est plus efficace dans sa tâche donc le restaurant produira plus de crêpes que si chacun des employés s'y était mis seul.

Adam théorise que la valeur de la crêpe vient de la valeur de ses ingrédients : si les ingrédients pour la pâte et la garniture sont bien choisis alors la crêpe aura d'autant plus de valeur (le savoir-faire du chef-cuisinier étant moyennisé). Cela le conduit à énoncer la doctrine de l'imperméabilité : si la crêpe est suffisamment épaisse la garniture ne s'en écoulera pas, ce qui permettra de réduire les pertes et d'augmenter le plaisir du consommateur.

Dans le même mois beaucoup de restaurants ouvrent et font fortune. Adam Smith reconnaît qu'il y a davantage d'incidents en cuisine dans les restaurants que dans la cuisine familiale, et qu'avec la profusion de crêpes les clients risquent de devenir obèses. Mais le restaurant a déjà beaucoup de choses à gérer, donc autant laisser le gouvernement s'occuper des externalités.

En Mars Karl, un crêpiste social, désire mettre en avant l'injustice de ce système. Le producteur de la crêpe (le crêpier) ne doit pas être payé en demi-crêpes parce qu'il aura faim en préparant les crêpes (mais sa proposition pose des problèmes aux serveurs qui sont payés une crêpe et demi). L'utopie serait bien sûr de mettre fin à la séparation du personnel en abattant le mur de la cuisine et en permettant au crêpier de manger avec les clients. En attendant il se réjouit que le Parti Crêpier ait fait passer une loi interdisant aux crêpiers de manger les restes. Toutefois dans certains restaurants l'insalubrité dû à l'absence de garniture dans les repas des crêpiers continue à sévir (voir Cauchemar en Cuisine).

Quelques jours après émerge l'Organisation Mondiale de la Crêpe, qui se distingue de l'analyse crêpiste traditionnelle par :
- La crêpe a une valeur subjective et plus objective : le plaisir est dans la tête, pas dans les ingrédients. Il faut donc soigner la présentation (ajout de salade peu chère dans les plats) et faire attendre légèrement le client pour que le simple fait de recevoir l'objet de son désir soit un plaisir en soi. Ne pas hésiter à investir dans le mobilier du restaurant et à proposer une carte de fidélité aux clients.
- Remise en cause de la doctrine de l'imperméabilité : une crêpe épaisse fait qu'on cale rapidement, ce qui est frustrant. On pourrait résoudre le problème en ne mangeant que la garniture et en se servant de la crêpe comme assiette, mais ce serait la fin du crêpisme. A la place une doctrine quantitative est adoptée : plus on a mangé de crêpe plus l'importance relative d'une crêpe supplémentaire diminue, mais on aime quand même manger plein de crêpes. L'utilité d'une crêpe n'est plus de 1 mais de 1 / (1 + le nombre de crêpes déjà mangées). Ainsi la première crêpe a une utilité de 1, puis la seconde de 1/2, la troisième de 1/3, etc. Or la série 1 + 1/2 + 1/3 + ... diverge, ce qui montre bien qu'on a toujours de la place pour une petite crêpe (slogan de Mac Crêpe). Ces esprits chagrins rétorqueront que des mathématiques aussi difficiles excluent du débat les non-spécialistes et que la demande "infinie" de crêpe ne peut que de démultiplier les problèmes d'obésité, mais tout le monde sait qu'ils sont irrationnels.
- Arrêt de la distinction crêpe/galette cher aux anciens, ce qui a permis la crêpe au saumon et la galette au nutella flambée au nutella (une pâte sucrée entrainant inexplicablement des vomissements, malgré l'addiction connue du nutella), et l'arrêt de la distinction formelle entre personnel de cuisine et personnel de salle. Chacun est à la fois producteur et consommateur, et chacun peut s'exprimer avec son porte-monnaie en achetant des crêpes ou en mourant de faim.

Nous sommes maintenant au début de l'été et nous savons que la chaleur, la pollution de l'eau, la crise de la farine et la non-renouvelabilité du nutella provoqueront l'effondrement de ce système avant la rentrée scolaire. Comment faire pour avoir des crêpes à Noël ? Et si possible avec de la garniture, merci.
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Apeiron
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