La richesse des nations

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La richesse des nations

Message  Apeiron le Ven 27 Sep - 12:59

(en cours de rédaction)

Introduction

Keynes a écrit:Qu’elles soient justes ou erronées, les idées des théoriciens de l’économie et de la politique exercent une puissance supérieure à celle qu’on leur prête communément. En fait, ce sont elles qui mènent le monde ou peu s’en faut.
Je pense également que les idées, non seulement politiques et économiques mais également religieuses et philosophiques, sont déterminantes dans l'évolution de l'histoire. Un idéalisme historique, s'opposant au matérialisme historique de Marx ? Par exemple la révolution industrielle a émergé d'un contexte économique, philosophique et religieux précis, avant même que le machinisme n'en vienne renforcer les tendances. C'est la raison pour laquelle j'estime très important de comprendre les idées qui aujourd'hui encore façonnent notre monde, comprendre leur généalogie, leur nature et leurs oppositions, afin de pouvoir comprendre notre propre histoire, et si possible la modeler.

J'en profite pour éditer mon article sur Le capital de Marx, afin d'en expliciter la généalogie et les liens avec la pensée contemporaine. (à faire)

Généalogie

Adam Smith (5 juin 1723 - 17 juillet 1790) est un philosophe et économiste écossais des Lumières. Inspiré par son professeur de philosophie morale Francis Hutcheson et lisant David Hume il s'intéresse de façon empirique et agnostique à la nature humaine. Il rédige sa Théorie des sentiments moraux en insistant sur le sentiment d'empathie : chaque humain a la faculté de se mettre à la place d'un autre acteur ou d'un observateur impartial. Puis il rédige La richesse des nations en récoltant et synthétisant les données et idées de son époque en un système cohérent (le libéralisme économique), tout en s'opposant aux deux pensées économiques contemporaines :

Le mercantilisme apparaît dans le contexte des découvertes maritimes et de l'émergence des états-nations, et fait sortir les questions économiques de la théologie (condamnation de l'usure, le travail comme rédemption du péché originel, etc.). Il pose que la puissance du prince vient de l'or (issu de l'impôt et payant les armées), et donc qu'il a intérêt à prendre des mesures aptes à développer son commerce (et son industrie, selon Colbert) en vu d'une balance commerciale excédentaire. On a donc un développement des marchands, banquiers et salariés au détriment des corporations.

Les physiocrates (dont j'ai déjà parlé à propos de mes réflexions sur une économie physique) pensent contrairement aux mercantilistes que la richesse d'un pays est celle non de l'état mais de tous ses habitants, et qu'elle réside non dans les métaux précieux mais dans les marchandises. Elle est produite par le travail, mais pour eux le commerce et l'industrie ne sont que des activités de transformation, seule l'agriculture étant réellement productive (bien qu'on puisse, je pense, élargir cette notion à l'ensemble du secteur primaire, renouvelable ou non). Leur but est d'optimiser la création et la répartition de la richesse, par l'étude de tableaux de flux de marchandises, tout en étant favorables à leur libre circulation.

La morale

Chez Smith c'est la morale qui fonde l'étude économique. Comme chaque humain peut se représenter l'intérêt d'autrui ils peuvent échanger. Il leur faut donc un moyen leur permettant d'échanger leur travail : la monnaie. L'autre réalise un bon travail car sinon je n'achèterai pas. Il ne fait pas payer trop cher son travail sinon j'achèterai chez son concurrent. Le marché remplace donc ici l'observateur impartial de sa Théorie des sentiments moraux. La division du travail permet à chacun d'être plus productif [1], ainsi la somme des intérêts personnels permet d'aboutir à l'intérêt général.

Selon Smith le profit vient quand le capital d'une personne est suffisant pour mettre d'autres personnes au travail en leur fournissant des outils de travail, des matières premières et un salaire (contre leur force de travail), afin de réaliser un bénéfice (espéré) en vendant les marchandises produites. Le montant des salaires résulte de l'affrontement entre l'intérêt des maîtres et ceux des travailleurs, généralement à l'avantage des maîtres, bien que le minimum soit fixé par le salaire de subsistance défini comme le minimum pour élever sa famille (l'analyse marxiste montrera plus tard qu'il est possible de descendre en dessous de ce minimum). L'équilibre des prix et des salaires est garanti sans planification par la concurrence. Il est donc nécessaire d'éviter les interventions étatiques inopportunes (restreignant excessivement la concurrence ou la circulation des biens et des personnes) ou les monopoles (qui peuvent faire payer plus cher que le prix du marché et donc tirent une rente de leur position).

Une des forces de la pensée libérale est selon moi qu'elle décrit un état optimal pour l'allocation des ressources au sein de la société, et qu'elle se propose d'y arriver non par des mesures couteuses ou liberticides mais au contraire en laissant faire les gens. Toutefois, il me semble contradictoire de souhaiter la concentration du capital tout en souhaitant l'absence de monopole. Pourtant

Adam smith met en garde contre les marchands et les capitalistes...

Le travail est dit productif s'il participe à la création d'un bien marchand et improductif sinon (c'est à dire qu'il ne participe pas à renouveler l'économie, comme les nobles, les prêtres ou les soldats). Le capital augmente par la frugalité, et est alors utilisé dans un but productif. Cela fait augmenter l'offre de travail, ce qui permet d'élever les salaires au dessus du salaire de subsistance. Il ne se réduit pas tant que le capital continue à affluer, ce qui permet à toute la société de bénéficier de cette croissance. Cette analyste sera critiquée par Marx avec ses "contractions du capital" expliquant pourquoi le salaire retombe malgré tout au niveau de subsistance.

Ainsi, la concentration du capital est pour lui nécessaire à la division du travail. La seule limite est la taille du marché qui doit être suffisamment importante pour que les grandes quantités de marchandises produites puissent être achetées. C'est d'ailleurs une raison en faveur de l'ouverture de frontières commerciales. (transition ?)



la concentration du capital permet par le salariat une plus grande division du travail
la seule limite est la taille du marché, qui doit être assez important pour acheter toutes ces marchandises (incitation supplémentaire à ouvrir les frontières)
les avantages absolus permettent aux pays de se spécialiser et de tirer profit de l'échange (étendu plus tard à l'avantage comparatif avec Ricardo, doctrine de l'OMC actuelle assurant qu'il est toujours bénéfique d'ouvrir ses frontières)
conditions sur le marché : concurrence (pas de monopole, alors qu'il souhaite la concentration des capitaux), accès à l'information (ignore le coût de prospection, qui est cher pour le particulier mais peu couteux pour des structures)
externalité : division excessive du travail entraine l'abrutissement (l'individu ne peut plus exercer un jugement moral), évacué vers l'état
Contrairement au mercantilisme il pense que la monnaie n'a donc pas de valeur en elle-même, et est donc favorable au papier-monnaie. Ou plutôt il croit que la richesse d’une nation réside dans les marchandises et non ce qui les fait circuler. Le papier-monnaie est donc meilleur car moins cher à fabriquer.
le capitalisme n'est pas né avec le machinisme : le machinisme n'a fait que renforcer ses tendances

La valeur

Adam Smith distingue la valeur d'usage (liée à l'utilité de la marchandises) et la valeur d'échange sur laquelle il se concentre. Comment la mesurer ? Pour lui c'est le travail qui permet de produire ce que l'on échange et permettant d'obtenir le travail d'autrui. C'est le seul invariant permettant de comparer la valeur réelle d'une marchandise, le prix n'étant que la valeur nominale. Cette notion sera ensuite reprise par Marx dans Le capital.

Smith pose le paradoxe de l'eau et du diamant qui oppose valeur d'usage et valeur d'échange : Si la valeur vient de l'utilité de l'objet, pourquoi un diamant permet d'acheter beaucoup, contrairement à l'eau qui pourtant nous est vitale ? Certes la valeur-travail répond au paradoxe car le diamant nécessite davantage de travail que l'eau pour être obtenu. Les successeurs de Smith remplaceront cette notion par l'utilité marginale : si nous sommes assoiffés le premier verre d'eau aura énormément de valeur pour nous alors que le dixième en aura beaucoup moins, alors que le diamant reste précieux même si nous en avons beaucoup. C'est le début de l'abandon d'une notion objective de la valeur. On peut étendre le paradoxe du diamant avec les émeraudes : elles sont plus difficilement extractibles et plus rares que le diamant, qui a pourtant une valeur supérieure. La notion subjective de la valeur met le désir humain au cœur de l'analyse économique : si les diamants ont plus de valeur sur le marché c'est parce que davantage de monde veut des diamants ou que les gens sont prêts à payer plus cher pour avoir des diamants. Le prix est donc la valeur, et celui-ci est déterminé par l'offre et de la demande.

Ce basculement conduit à la constitution de l'école néoclassique : la pensée orthodoxe de l'économie contemporaine. Elle se distingue de l'école classique (incarnée par Smith, Ricardo voire Marx) par une notion de la valeur subjective et non plus objective, par la mathématisation des modèles (sauf l'école autrichienne), ainsi que le rejet de la politique (notamment la notion de classe sociale) et de la morale (notamment la question de la justice sociale, qui est considérée comme étant extérieure à l'économie) pour obtenir une économie voulue pure et scientifique (donc marquée par le scientisme).


(cette analyse mêle des conceptions inédites ou abandonnées à des idées couramment employées de nos jours : il faut faire ressortir les différences).


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[1] je pense qu'on peut voir dans la division du travail un renforcement de la logique ayant permis la création des cités : certains cultivent pendant que d'autres fabriquent des objets, ou même font des métiers d'optimisation non liés à la survie, comme politicien, marchand ou érudit.
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