Le capital

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Le capital

Message  Apeiron le Mer 25 Sep - 15:10

Introduction

J'ai l'habitude de lire beaucoup de textes philosophiques ou économiques pour enrichir ma réflexion, et souvent je vous les cite dans nos débats. Comme l'habitude apporte la facilité d'action, j'envisage de faire des résumés commentés de ces textes afin que vous puissiez vous aussi vous approprier ces références, et aussi pour apporter mes propres réflexions afin de continuer ces débats.

Comme en ce moment j'ai une réflexion sur le travail je vais commencer par l'ouvrage majeur de Marx : Le capital. Mon résumé se base lui-même sur le résumé de Wikipédia, notamment parce que je trouve Marx difficile à lire dans le texte. Je ne partage pas sa vision du matérialisme historique (même si le sujet me tient à cœur, voir par exemple mes réflexions sur la psychohistoire) car j'estime les croyances humaines comme déterminantes dans l'évolution historique. Je ne partage pas non plus son goût pour la révolution (j'aspire au changement social mais pas à la violence) et je m'interroge encore sur le socialisme. En revanche je partage son analyse de l'économie et sa critique du capitalisme.

La monnaie

Chaque marchandise a une valeur d'usage selon son utilité. La valeur d'échange entre deux marchandises différentes est la proportion des quantités des deux marchandises échangées. Elles ont donc un dénominateur commun, représenté physiquement par la quantité moyenne de travail humain contenu dans chacune. Pour échanger ce travail, nous utilisons le fait que toutes les marchandises ont une valeur exprimable sous forme d'une même marchandise : la monnaie, qui est donc à la fois marchandise et représentation de la valeur des autres marchandises. Cette représentation induit un "fétichisme de la marchandise", qui cache le travail humain derrière un prix perçu comme intrinsèque à la marchandise. Les liens sociaux passant désormais par le transfert de marchandises, les rapports humains sont réifiés pendant que le marché est personnifié.

[J'ajouterai que cacher le travail humain sous le prix de la marchandise conduit à travailler non pour le travail lui-même ou son fruit, mais contre un salaire, ce qui conduit à des identifications non sincères.]

Le capital

La monnaie permet de remplacer le troc en échangeant non plus une marchandise contre une marchandise, mais une marchandise contre de la monnaie contre une marchandise, ce qui facilite les échanges. Le capitaliste lui échange de la monnaie contre une marchandise contre davantage de monnaie, en réalisant une plus-value : il y a création de richesse. Même si un capitaliste particulier peut acheter moins cher et vendre plus cher que la valeur réelle des produits, en moyenne ils sont tour à tour acheteur et vendeur donc cette création de richesse ne vient pas de l'échange. Il n'existe qu'une marchandise qui génère de la valeur quand on la consomme : la force de travail elle-même. La plus-value vient donc du fait que le salarié (le travailleur vendant sa force de travail contre de la monnaie) reçoit moins qu'il ne devrait.

Le profit

Le salaire minimum possible correspond au nécessaire pour renouveler la force de travail, c'est à dire la seule survie (mais pas forcément à long terme) des travailleurs. La quantité de travail fournie par le travailleur n'est limitée que par les limites physiologiques et légales, qui peuvent être malléables. La hausse de la productivité se fait en faisant travailler les salariés ensemble, alors qu'ils ne sont payés que pour leur travail individuel. La division du travail en des tâches simplifiées et répétitives nécessite de maintenir l'ordre dans la manufacture. Ce problème est simplifié par l'introduction des machines qui imposent leur rythme au travailleur et réduisent leur coopération, tout en augmentant le chômage (et donc l'armée de réserve, ce qui permet un rapport de force). Le capital généré peut être réinvesti dans le processus de production (nouvelles machines, usines, etc.) pour augmenter encore la plus-value future.

La société

La constitution d'une "armée de réserve" ainsi que la concentration du capital accroît les inégalités, pendant que la concentration de la population dans les villes suite à l'exode rural et la souffrance commune accroît le sentiment de classe. Les mutuelles et les syndicats se mettent en place pendant que le monde ouvrier s'organise et change le rapport de force, ce qui se traduit dans la législation. Marx critique le fait que le capitalisme, sensé s'appuyer sur la propriété privée, s'appuie en réalité sur la propriété d'autrui, et prévoit le soulèvement des masses opprimées pour mettre fin à la lutte des classes et aboutir au socialisme.

Commentaires

Définir la valeur intrinsèque d'une marchandise comme le temps moyen de travail humain me semble pertinent. Cette notion permet notamment de rendre compte de la baisse des prix en utilisant les machines (puisque le travail du fabricant de la machine est dilué dans toutes les marchandises produites par la machine, et que le coût en travail de l'entretien de la machine est bien plus faible que le coût de fabrication des marchandises) et permet de tracer l'évolution d'une marchandise selon la valeur ajoutée à chaque étape de transformation.

En revanche la valeur initiale ne peut que correspondre au temps utilisé par le travailleur exploitant une ressource naturelle. Ainsi, s'il est aussi facile d'extraire un diamant que du charbon les deux devraient avoir la même valeur, indépendamment des réserves estimées. Cela me semble une lacune d'un point de vue écologique (la nature n'a d'ailleurs selon cette théorie intrinsèquement aucune valeur), et laisse de côté les priorités à fixer dans la répartition des ressources rares dans la société. De plus, la notion d'un temps moyen de travail pour réaliser une tâche doit être précisée, notamment pour tenir compte du travail qualifié.

L'idée selon laquelle l'échange ne permet pas la création de richesse est discutable même si l'on associe la valeur au travail humain et qu'on néglige le vol (par violence ou par arnaque relativement à la valeur réelle des marchandises). En effet certaines marchandises sont plus faciles à produire dans certains cas que d'autre (on parle d'avantage absolu), comme cela est illustré dans la Richesse des nations d’Adam Smith. Par exemple si deux régions veulent chacune la spécialité de l'autre, elles y gagnent à échanger plutôt qu'à gaspiller du travail à produire la marchandise chez elles.

Le fordisme a popularisé la division du travail mais aussi introduit un compromis : si les ouvriers sont mieux payés ils se révoltent moins, et sont plus enthousiastes à travailler et conserver leur poste, ce qui augmente la rentabilité. De plus, l'augmentation de leur salaire leur permet d'acheter davantage, et notamment augmente les débouchés potentiels de leur propre usine. Le travailleur est moins exploité, et la réduction de la violence sociale limite les risques de révolution. Toutefois, ce compromis n'est plus à l'ordre du jour, notamment suite à l'émergence du toyotisme et la croissance du chômage.

Marx avance également l'idée que pour capitaliser un maximum ses plus-values, le capitaliste doit se contraindre à l'abstinence, ce qui est à rapprocher des idées de Max Weber. Il affirme dans L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme que la morale protestante aurait incité à l'émergence du capitalisme, notamment en valorisant le travail et l'abstinence, et en incitant à chercher dans la réussite le signe de la grâce divine. Toutefois d'autres auteurs comme Fernand Braudel pensent que l'influence des idées de la Renaissance et des marchands italiens est plus pertinente.
avatar
Apeiron
Grand Inquisiteur de la Cohérence
Grand Inquisiteur de la Cohérence

Masculin Nombre de messages : 5471
Age : 29
Date d'inscription : 09/11/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum